Henri Loevenbruck - Interview collective

Publié le par Aphraël

Egalement, une ancienne interview.
Elle a plusieurs années (remarquez, Gallica sortait à peine en grand format).
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Comme premier projet commun, je vous propose de réaliser ensemble une interview d'un auteur de fantasy.

L'auteur de cette interview ? Henri Loevenbruck, auteur français de deux cycles de fantasy : La Moïra et Gallica, d'un thriller : Le testament des siècles, et d'un roman de SF sous le pseudonyme de Philippe Machine : Les post-humains. Il a également collaboré avec Alain Névant sur une anthologie : Fantasy.

Je vous propose donc de lire La Moïra (et plus, si l'auteur vous inspire), dont les trois tomes sont déjà parus en poche et de proposer les questions qui vous viennent à l'esprit. Elles peuvent être également plus personnelles, sur son travail, sa façon de voir l'imaginaire, son cheminement, ses projets...

Au final, les meilleures questions seront envoyées à Henri qui nous répondra.

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Les trois tomes de la Moïra sont :

La louve et l'enfant , La guerre des loups , La nuit de la louve

Ils sont publiés chez J'ai Lu et Bragelonne. (Pour ceux qui préfèrent les brochés). Ils peuvent être également trouvés chez France Loisir.

Le cycle de Gallica n'existe pour l'instant qu'en édition Bragelonne.

Je vous propose donc un délai de deux mois pour ce projet, afin de vous laisser le temps de lire les livres et de réfléchir aux questions. Il se terminera donc autour du 17 juin.
En fonction du déroulement de ce projet, et de votre motivation, d'autres projets pourraient également voir le jour.

A vos livres, prêts, partez ! study

http://www.loevenbruck.net/

 

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  • Comment vous est venue votre passion pour l'écriture ?


Je ne suis pas certain... Il y a peut-être une question de gènes, ma famille est plutôt une famille de littéraires, mon grand-oncle, Pierre Loevenbruck, était un écrivain feuilletoniste du début du 20ème siècle… Et puis il y a eu Stephen King, que j’ai dévoré adolescent, et qui m’a donné envie d’écrire. Mais c’est aussi une histoire de rencontres, celle de plusieurs professeurs de français, celle de mon éditeur Stéphane Marsan…


  • Est-ce le métier que vous souhaitiez faire plus tard ?


J’hésitais entre la musique, le cinéma, et la littérature. Ou bien avocat. Finalement, je suis resté assez fidèle à mes rêves, j’ai en cela beaucoup de chance.

  • A quel âge avez-vous commencé à écrire et quel a été votre facteur déclenchant dans l'écriture d'un roman ?


J’ai commencé très tôt, vers onze ans sans doute, avant même d’être un gros lecteur. J’ai écrit de nombreux chapitres 1 sans jamais finir, j’ai fait une ou deux BD avec des amis… Mais c’est sans doute la rencontre avec Claire Deslandes aux éditions Baleine qui m’a donné la motivation pour aller jusqu’au bout…

  • Arrivez-vous à vivre de votre art ?


Depuis deux ou trois ans, oui… Cela fait neuf ans que j’écris, les cinq ou six premières années ont été assez difficiles. Il faut beaucoup de courage, de confiance et de persévérance, de votre part, mais aussi de la part de ceux qui vous entourent et vous soutiennent.

  • Pourquoi avez-vous choisi d'écrire un roman fantasy ?


C’est la rencontre de Stéphane Marsan, éditeur chez Mnémos puis Bragelonne, qui m’a incité à le faire. J’étais plutôt dans le thriller et le polar, à la base, mais Stéphane a su me convaincre que je pouvais m’épanouir aussi dans la Fantasy. Il avait raison.

  • D'où vous est venue l'idée de la Moïra ?


De l’idée de deux romans, un roman sur les loups, et un roman de Fantasy féministe…

  • Quel public visiez vous en écrivant la Moira ?


Je pensais toucher les 18-26 ans, et en réalité, j’ai eu la chance de toucher un public beaucoup plus large, des deux côtés…

  • Tout d'abord, pourquoi cet attachement pour les loups et ce désir de le partager à travers l'écriture ? Est-ce, comme beaucoup, en attachement à notre culture qui transforme notre peur enfantine liée aux contes en intérêt pour l'histoire de Rome et d'une louve nourrissant Romus et Romulus ?


La thématique du loup en France et son histoire dramatique se mariait fort bien à la thématique centrale de ce cycle de Fantasy que je voulais écrire : la question du « vivre ensemble ». C’est donc tout naturellement que je me suis intéressé au loup, et à force de me documenter sur cet animal, à force d’aller le voir vivre dans les parcs animaliers, j’en suis tombé amoureux…

  • Pourquoi, dans Gallica, leur avez-vous donné cet état de brume et ce destin ?


Je voulais écrire un conte, un peu à la Edward aux mains d’argent, où l’on aurait retrouvé une origine légendaire à cet animal. C’était un jeu pour moi, juste une petite idée poétique…

  • Comment voyez-vous le féminisme dans la fantasy, et avez-vous cherché à faire avancer les idées à travers Aléa, la duchesse de Quienne, et tous vos personnages féminins si importants ?


J’ai souvent pensé qu’une très large part de la littérature de Fantasy moderne était à la fois conservatrice et machiste… Malgré tout le respect que je dois au maître Tokien, il n’y a pas une seule nana dans la Communauté de l’anneau, par exemple. Je trouvais amusant et intéressant de montrer que des personnages féminins pouvaient avoir des rôles moteurs dans cette littérature, mais également pousser la réflexion jusqu’à la question du machisme en général, et de l’aspect encore trop largement masculin de nos sociétés dites modernes… Je ne suis pas féministe, d’abord parce que de la part d’un homme, c’est relativement déplacé, mais surtout parce que je suis en égale admiration devant les deux sexes, leur complexité, leurs spécificités, et parce que je sais combien les femmes peuvent être – sont – bien plus que ce que peut le laisser croire tout un pan de notre littérature, de notre culture.

  • Où avez-vous puisé votre intérêt pour le destin féminin ? Avez-vous des soeurs ou désirez-vous simplement un monde plus égalitaire pour votre fille et toutes ses consoeurs ?


C’est extrêmement convenu de dire cela, mais je rêve d’un monde plus égalitaire pour tout le monde, hommes et femmes, blancs et noirs, crétins et génies, maigres et gros… Je n’ai pas plus d’intérêt pour le destin des femmes que pour celui des hommes, mais il me semble simplement qu’il reste des inégalités en 2006 et que cela me sidère…

  • Mjolln est sans doute le personnage le plus mystérieux de vos cycles. Pourquoi avez-vous choisi ce nom ? A t-il un rapport direct avec le marteau de Thor et la mythologie qui y est liée ?


Il n’y a pas de sens étymologique au nom de Mjolln, je voulais seulement donner une consonance slave à son nom, parce que je trouvais que ça allait bien à cet étrange petit barbu…

  • Pourquoi ne pas avoir plus montré au lecteur le vecu et la vision de ce personnage ?
  • Mjolln apparaîtra-t-il dans votre futur roman autour de la Commune, annoncé à la fin du dernier tome de Gallica ?


Mjolln est le seul personnage qui soit présent dans tous les tomes du Cycle des loups… Sa fausse naïveté est pour moi l’allégorie d’une certaine sagesse, profonde, qui malgré tout ne quitte jamais les hommes, aussi fous soient-ils… Il sera donc bien là dans Les Loups de la Commune…

  • Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène dans vos romans une religion qui existe dans notre propre monde, et pourquoi justement la religion chrétienne ?


Parce que c’est la religion que je connais le mieux pour avoir été élevé par des chrétiens, et qu’on ne critique jamais aussi bien ce que l’on connaît parfaitement… Mais aussi parce que c’est la religion dominante de la culture occidentale, et que son poids écrasant m’étouffe au quotidien… La religion chrétienne a pourri bien des moments de mon existence, je lui devais bien ça…

  • A travers vos romans, vous laissez entendre que chaque destin est le fruit des actes de chacun, et non d'une quelconque divinité. Quelles sont vos propres visions de la responsabilité et de la religion ?


Je suis en effet agnostique, à savoir que je ne SAIS rien de ce qui peut exister ou ne pas exister dans le domaine du « divin ». Et comme je ne SAIS rien, je préfère ne croire en rien aveuglément et me fier à mon propre entendement, au nôtre. L’homme est un animal suffisamment merveilleux pour que je n’éprouve nul besoin d’en imaginer un autre, invisible, fût-il moustachu ou immatériel… Je crois en revanche que la religion a plus souvent servi de prétexte à la guerre et à l’asservissement qu’autre chose. Je pense que la foi devrait rester une affaire personnelle, et que l’homme est capable d’inventer suffisamment de raison de s’entretuer pour aller en inventer d’autres… Je reconnais trop aisément le cheminement angoissé qui préside à la création d’une divinité. Ce besoin de croire qu’il y a une force supérieure, qui contrôle ce gigantesque bordel et pourrait même lui donner un sens… Je crois, moi, qu’il n’y a personne qui contrôle ce gigantesque bordel, et ça m’amuse… A nous de gérer, en somme.

  • La magie vous apparaît-elle finalement comme un symbole de la religion et de ses tabous, de ses carcants et de ses interdictions qui empêcherait l'évolution de la pensée ? Est-ce la raison d'un tel décalage vis à vis de la magie, et ce soucis de vouloir la faire disparaître ?


La magie est en effet une autre forme de religion, source d’inégalité, de contrôle des uns sur les autres… Croire à la magie, pour moi, c’est se plier volontairement à une soumission qui n’est pas nécessaire. J’aime la magie en tant que jeu littéraire, jeu de l’esprit, mais je n’y crois pas une seule seconde, et l’idée de la détruire dans mes romans est bien pour moi le symbole d’une nécessaire émancipation des êtres humains…

  • À l'opposé de votre manière de mettre en avant la religion, vous parlez des Compagnons du Devoir avec respect et admiration. Quelle est votre vision de ce groupement autour de savoirs ?


J’ai une affection assez subjective pour les Compagnons du Devoir, justement parce qu’ils mettent le travail de l’homme au centre de leurs préoccupations. Leur symbolique de vie tourne autour de la main et de l’esprit, les deux plus beaux outils de l’être humain, qui, à moi, suffisent amplement… Au fond, l’auteur qui écrit ne fait rien d’autre que de mettre son esprit au service de sa main et connaît l’importance de l’un et de l’autre… Il y a en outre dans la philosophie des Compagnons du Devoir des valeurs de fraternité, que l’on retrouve à la base de bien des courants philosophiques du 18ème siècle et notamment de ceux qui ont engendré la naissance d’une certaine franc-maçonnerie, valeurs qui m’ont toujours plu, même si je sais combien elles restent un idéal magnifique mais souvent éloigné de la réalité quotidienne…

  • Qu'est ce qui a motivé le choix des prénoms de Bohem ? Pourquoi avez-vous décidé d'utiliser un personnage masculin dans ce second cycle ?


Je crois que le sens du prénom Bohem parle de lui-même, tout comme celui d’Aléa, non ? Quant à utiliser un personnage masculin, c’était justement la réponse la plus directe et la plus logique à mon idéal de communauté des sexes…

  • Loeva : Vous avez découvert ce prénom au cours d'une dédicace, grâce à une admiratrice qui vous a également transmis sa signification. Le personnage de Loeva a-t-il été directement influencé par cette rencontre, et son ampleur dans l'histoire en a-t-elle été modifiée ? Ce nom a-t-il fait le personnage ?


Non. Le personnage existait déjà lorsque j’ai rencontré cette lectrice… Quand elle m’a dit son nom et le sens de celui-ci, j’ai immédiatement pensé qu’il serait un joli choix pour ce personnage sur lequel je travaillais… Ce qui est amusant, c’est que je ne me suis rendu compte que beaucoup plus tard que les premières lettres de son prénom étaient aussi les premières lettres de mon nom… Or, Loeva me ressemble beaucoup. Mais là, on entre dans la psychologie de comptoir !!

  • Pourquoi ce décalage vis à vis du temps des longues marches à travers la France dans le cycle de Gallica ?


Dans l’intérêt de l’action et du plaisir de lecture, j’ai toujours estimé que les notions de temps en Fantasy pouvaient bénéficier d’une certaine licence de la part de l’auteur… Après tout, nous sommes dans un univers merveilleux… Je veux bien vous écrire des romans où les voyages durent trois ans, mais j’ai l’impression que vous allez vite vous lasser.

  • Pourquoi avoir créé ces histoires dans une Europe parallèle, à travers ces différents pays ?


D’abord parce que je voulais montrer que la Fantasy n’était pas exclusivement un genre anglo-saxon, mais que l’on pouvait puiser dans l’imaginaire de tous nos pays avec autant de bonheur… Ensuite parce que je trouvais cela intéressant de ramener la Fantasy vers le réel… Et enfin, par jeu, tout simplement.

  • Pensez-vous un jour méler de la fantasy à du thriller ?


Oui. Et c’est d’ailleurs le cas pour Les Loups de la Commune, qui est un véritable thriller historique merveilleux. Je ne sais pas si je viens de créer un genre sans le savoir, mais je m’amuse bien !

  • Considérez-vous la fantasy comme un amour de jeunesse au vu de vos thrillers ?


Pas vraiment. J’ai le même amour pour tous les genres de la littérature… Le hasard a voulu que je commence par un polar futuriste, puis que je continue par de la Fantasy, et qu’à présent je me concentre sur le thriller… Je crois que tous les genres permettent tout, au lecteur comme à l’auteur.

  • A votre avis, la littérature en général et la fantasy en particulier peuvent être ou doivent-elles être un moyen de faire passer un message, et si oui dans quelle mesure ?


Oui, dans la mesure où l’auteur en a envie… Si l’auteur a envie de faire passer un message, c’est son droit le plus profond, de même que c’est le droit du lecteur de ne pas y adhérer… Quelques (rares) critiques m’ont reproché d’étaler trop souvent mes opinions philosophiques ou politiques dans mes romans… J’y réponds en leur demandant ce qu’ils auraient pensé d’un Zola écrivant « Je n’accuse personne, c’est pas mon boulot ».

  • Avez-vous testé vos recettes de cuisine ? Vous êtes-vous inspiré de recettes médiévales ou avez-vous tout inventé ?


Une lectrice m’a un jour dit qu’elle testait régulièrement mes recettes de cuisine. Je vous avoue que, pour ma part, je ne suis pas très bon cuisinier… Mais j’adore manger… D’où ce jeu auquel je me livre, un peu à la Chabrol, dans tous mes romans : une bonne scène de bouffe !

  • Envisagez-vous un jour avec un musicien de créer un disque de chansons de bardes avec des textes ressemblant à Faith, reprenant les "Ahum" de Mjolln ?


Ahum. Euh. Ça, non.

Publié dans Imagin'Aix

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